Le sucre et le diabète: entretien avec le diabétologue

Nous avons reçu de nombreuses questions sur le diabète pour l’invité du mois du Docteur Chocolat, et nous vous en remercions. Les réponses ont été toutes intégrées au sein de cet entretien avec le Docteur Jean-Louis qui est Endocrinologue Diabétologue exerçant à l’hôpital Cochin à Paris.

Comment peut-on définir le diabète ?

Quels que soient les types de diabète, il s’agit d’une situation d’élévation chronique et pathologique (au-dessus des valeurs physiologiques) de la concentration de sucre dans le sang (glycémie).

Comment expliquer l’apparition d’un diabète ?

Maintenir une concentration optimale de sucre dans le sang (glycémie normale) détermine un environnement idéal de bon fonctionnement des cellules. Ces cellules forment ensemble l’entité harmonieuse qu’est le corps humain. Cette élévation de la glycémie dans le diabète résulte de la défaillance progressive des mécanismes chargés de réguler la glycémie.

Pouvez-nous parler de ces mécanismes ?

Pour maintenir une concentration de sucre optimale dans le sang, il faut des mécanismes qui à la fois baissent la glycémie en cas d’augmentation, et ceux qui en cas de forte baisse de la glycémie sauront la faire remonter au niveau optimal.

L’insuline est cette hormone fabriquée dans le pancréas dont le rôle est de baisser la glycémie, plus précisément d’empêcher la montée de la glycémie (hyperglycémie). Elle le fait en favorisant la captation du sucre circulant par les cellules des muscles et du tissu graisseux, baissant ainsi le niveau de sucre circulant.

Le glucagon, une autre hormone fabriquée dans le pancréas a pour rôle d’empêcher une baisse de la glycémie en dessous des valeurs normales (hypoglycémie) en stimulant la production de sucre par le foie, pour palier à cette hypoglycémie.

Une harmonie de synthèse, d’action et de régulation existe donc entre ces 2 hormones. Il faut noter qu’il existe d’autres mécanismes plus complexes.

Le diabète s’installera principalement en cas d’anomalie de sécrétion ou d’action de l’insuline. Deux situations se présentent :

  • Problème de sécrétion : l’insuline est absente ou insuffisamment produite pour empêcher l’hyperglycémie
  • Problème d’action : L’insuline est présente, mais son action est réduite voir inefficace sur le muscle, le tissu graisseux et le foie. Le sucre en circulation sera moins capté par le muscle et la graisse, élevant chroniquement la glycémie. Le foie moins sensible à l’insuline aura tendance à produire plus de sucre malgré l’absence de cette nécessité.

La glycémie augmentera donc progressivement vers les valeurs pathologiques.

Vous avez parlé des types de diabète, donc il y en a plusieurs ?

Il y a 2 principaux types de diabète, les types 1 et 2. Dans ces 2 formes, le mécanisme de déficit de sécrétion et/ou d’action de l’insuline est présent et responsable du diabète. Plus des 90% des personnes dans le monde avec un diabète ont le type 2. C’est un diabète qui associe les facteurs de risque surpoids et obésité, sédentarité et manque d’activité physique, une histoire familiale de diabète. Dans le diabète de type 1, les anomalies de la sécrétion d’insuline sont liées à la destruction des cellules productrices d’insuline  dans un contexte d’auto-immunité. Pourquoi il existe cette auto-immunité est une question qui n’a pas encore été résolue. Ce diabète de type 1 concerne près de 5% des personnes avec un diabète.

Quels sont les chiffres de glycémie définissant une anomalie ?

On a défini des seuils :

  • Seuil de diabète : (i) A jeun glycémie veineuse supérieure à 1.26 g/L (7 mmol/L) mesurée à 2 occasions ; (ii) une glycémie prise aléatoirement supérieure à 2 g/L (11 mmol/L) associés à des signes cliniques d’hyperglycémie comme la perte de poids, la soif, la fatigue inexpliquée, l’augmentation de la fréquence des urines.
  • Seuil de pré-diabète : A jeun glycémie veineuse entre 1.10 et 1.26 g/L (6 à 7 mmol/L)
  • Seuil de glycémie normale : A jeun glycémie inférieure 1.10 g/L (6 mmol/L)
  • Seuil de glycémie basse : glycémie veineuse inférieure à 0.50 g/L (2.8 mmol/L)

Ainsi on n’a pas besoin d’être à jeun pour faire une mesure de glycémie ?

Non, absolument pas. Mais, pour faire un diagnostic certain, être à jeun simplifie le jugement du médecin de l’état pathologique de votre glycémie.

Quand le diagnostic de diabète est déjà établi, le médecin peut être amené à vous demander de faire des glycémies à jeun et même 2h après un repas pour juger de l’efficacité de la thérapeutique en cours.

Le sucre cause-t-il le diabète ?

Vu au sens strict, le sucre ne donne pas le diabète. Nous avons vu plus haut dans notre entretien que le diabète résulte des déficiences des mécanismes de la régulation  de la glycémie. Toutefois, une surconsommation de sucre, associée aux facteurs de risque du diabète fera le lit pour l’installation de la forme la plus répandue des diabètes qui est le diabète de type 2.

Qu’est ce qui cause le diabète ? Qui est à risque de faire un diabète et que faire si on l’est ?

Toutes les situations qui conduiront à la diminution de la sécrétion ou de l’action de l’insuline vont contribuer au diabète. Dans le diabète de type 2 qui est la forme la plus répandue des diabètes, il s’agit du surpoids et de l’obésité, la sédentarité et le manque d’activité physique, l’histoire familiale de diabète. La présence simultanée de tous ces facteurs augmentera le risque de diabète, mais ce n’est pas une règle absolue. Pour prévenir le diabète, il faut pour soi et ses proches immédiats (conjoint, enfant) :

  • Commencer ou maintenir une activité physique régulière
  • Modifier les habitudes alimentaires: manger moins gras, moins sucré
  • Faire des contrôles de glycémie

Peut-on guérir définitivement du diabète ?

Parlant des types 1 et 2 de diabète, guérir du diabète reviendrait à trouver le moyen de restaurer une sécrétion d’insuline suffisante, de façon autonome et permanente. Même si la recherche avance beaucoup dans ce domaine, il n’a pas encore été trouvé le moyen de restaurer de façon durable et continu les cellules et leur potentiel de sécrétion d’insuline. En l’état d’avancement de la recherche actuellement, une fois le diabète installé, le diagnostic reste. Il faut encourager que la recherche permette dans le futur de rendre réversible le diagnostic de diabète. Il existe des pistes très intéressantes pour des formes particulières de diabète.

Par contre, on peut avoir un pré-diabète ou un diabète de type 2 très bien équilibré par des mesures hygiéno-diététiques et l’activité physique, sans nécessiter de traitement médicamenteux. Le pré-diabète peut ne jamais aboutir à la situation de diabète quand on s’en occupe bien.

Peut-on manger de tout ce qui est sucré quand on a du diabète ? Et en arrêtant de manger du sucre, guérit-on de son diabète ?

On peut manger de tout quand on a du diabète, y compris ce qui est sucré. Tant qu’il est possible de stimuler la sécrétion d’insuline et de restaurer sa sensibilité sur cellules musculaires et graisseuses par les traitements, des mesures hygiéno-diététiques et l’activité physique, l’alimentation d’un sujet avec un diabète ne saurait être différent de celle d’un non diabétique. Toutefois, l’absence relative d’insuline nécessite que les apports en sucre soient intelligemment gérés compte tenu de la tendance de la glycémie à monter rapidement chez le diabétique.

Arrêter de manger du sucre ne guérit pas le diabète. Comme je l’ai mentionné, la cause du diabète est liée à l’absence d’action de l’insuline.

En consommant uniquement les jus de fruit nature,  le miel, on évite le diabète ?

Naturel ou artificiel, le fait qu’un aliment contienne du sucre (ou  équivalents glucidiques) n’enlève en rien le caractère « sucré » de l’aliment, et la problématique du diabète reste la même, à savoir celle du déficit en insuline et sa conséquence qui est l’augmentation de la glycémie.

Quand on a le diabète, doit-on perdre du poids ?

Il est important de ne pas être en surpoids. En utilisant l’indice de masse corporelle (IMC=poids/(taille)2 ) comme échelle, l’idéal est d’avoir un IMC entre 18 et 25 kg/m2. Atteindre cet objectif est un travail de tous les jours consistant à améliorer ses habitudes alimentaires, faire de l’activité physique. Une prise de poids sur plusieurs années ne peut et ne doit pas se corriger en un temps très court. La perte de poids doit être progressive et accompagnée par l’amélioration de la qualité et la quantité de la nutrition.

Pourquoi faut-il faire de l’activité sportive et manger moins gras et moins sucré ?

L’activité physique rend les cellules musculaires plus sensibles à l’action de l’insuline, et permet de brûler de la graisse. L’excès de tissus graisseux associe une diminution de l’action de l’insuline. Le sucre en excès peut être transformé en graisse et ainsi favoriser le surpoids et l’obésité.

Quelle quantité de sucre devrait-on consommer par jour ?

L’Organisation mondiale de la Santé recommande de réduire l’apport journalier de sucre à 25 grammes (6 cuillères à café) environ par jour. On peut donc comptabiliser la quantité de sucre que nous consommons (information disponible sur les paquets des aliments).

Et le chocolat noir, le miel, on parle de leurs vertus …

100 gr de chocolat noir contiennent 500 à 600 calories, presque autant que 100 gr de chocolat au lait. Mais le chocolat noir contient aussi plus de matière grasse (lipides) que le chocolat au lait.

Le miel reste du sucre. 100 gr de miel contiennent 304 calories, soit 82 gr de glucide, mais aucune matière grasse. La différence avec le sucre de table est que le miel fait monter la glycémie moins rapidement, mais elle fait monter la glycémie quand même.

Le miel ou le chocolat noir peuvent être consommés au cours du diabète, mais comme chez le sujet non diabétique,  à consommer avec modération.

On parle aussi des substituts de sucre, en consommer prévient-il le diabète ?

Les substituts du sucre sont des substances (naturelles ou artificielles) ayant une saveur sucrée. Certains sont « énergétiques », ont peu ou pas d’effet sur la glycémie et contiennent moins de calories que le sucre de table. D’autres « non énergétiques » n’ont quant à elles, aucun effet sur la glycémie. De nombreux travaux étudiant la question du bénéfice de ces substituts du sucre sur la santé ont été publiés. Certaines études concluent à un risque d’obésité et de diabète de type 2, d’autres parlent de réduction de ce risque, et enfin certaines ne trouvent aucun effet. En somme, à ce jour, on ne peut conclure dans l’un ou l’autre sens.

Pour terminer notre entretien cher collègue, un dernier mot ?

Prévenir le diabète c’est faire ce qui est juste et raisonnable  pour notre santé. Quand on a un diabète, ces mêmes recommandations restent valables : il faut manger moins gras et moins sucré, il faut bouger autant qu’on peut dans l’intention de brûler des calories, et tout cela en famille.

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38 thoughts on “Le sucre et le diabète: entretien avec le diabétologue

  1. merci beaucoup pour l’article
    Est ce qu’en état prediabete on peut se mettre sous traitement pour éviter l’apparition du diabète ?
    2-

    1. Bonjour Steve. Merci. Ta question est très pertinente et revient de nombreuses fois lors des consultations. Le traitement du Pré-diabète est l’activité sportive et l’amélioration de l’hygiène alimentaire, perdre du poids si on est en surpoids ou obèse. En principe il n’est pas nécessaire de mettre un traitement médicamenteux

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    1. 🍫😊😄
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  2. Merci pour cet article Doc Chocolat! Très instructif! Le style est accessible à tout profane en la matière. Excellentissime boulot 👏🏿👏🏿👍🏿

  3. Bonjour et merci pour cet excellent post
    J’ai eu 2 glycémies à jeun anormales (1,36 g/l et 1,22g/l),on m’a mise sous metformine que j’ai arrêté après 6 mois (je n’avais pas accepté la maladie). Aujourd’hui mes glycémies sont normales mais mon poids est en croissance continue. Je mon risque de faire un diabète est donc élevé d’après l’article. Faut il juste changer les habitudes de vie ? Ou bien prendre des médicaments ?

    1. Chère Yvette, ta question a une réponse toute simple, et pourtant elle est celle que se posent beaucoup de personnes.
      1. La modification de l’hygiène de vie et la reprise de l’activité sportive sont LE TRAITEMENT PREMIER dans l’obésité et le (pré)diabète
      2. La prise de poids est la conséquence d’une alimentation riche en calories et/ou une absence (ou baisse) de l’activité sportive.
      Si ta prise de poids ne correspond pas à ces situations, je te conseille de consulter ton médecin.

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      1. Bonjour doc

        Quand tu parles d’activité sportive, quelle est la fréquence : tous les jours, tous les 2 jours, toutes les semaines ?

        Merci d’avance

        1. Cher(e) JDE, question si souvent posée😊. Bougez, sautez, dansez, nagez, courez, grimpez, allez en salle de sport ou en plein air ou à la maison, seul et/ou en famille de préférence, à la pose au travail… Peu importe ce que vous faites, FAITES LE DANS L’INTENTION DE BRÛLER DES CALORIES. Au moins 45 min/jour et au moins 3fois/semaine. Pour les femmes enceintes, tu peux te référer à notre article
          https://ledocteurchocolat.fr/mes-kilos-pendant-et-apres-la-grossesse-comment-gerer et dans notre rubrique
          https://ledocteurchocolat.fr/10-bonnes-astuces-pour

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  4. Merci docteur. Qu’en est il des personnes qui font des intolérances au glucose. Et qu’est-ce que c’est d’ailleurs, on en entend souvent parler. Merci

    1. Chère Larissa,tu soulèves un point intéressant. L’intolérance au glucose est une anomalie de la glycémie quand on la mesure 2h après un test de charge en glucose ou un repas test (ces tests se font à l’hôpital). La glycémie à jeun est normale mais la glycémie à 2h est anormale sans atteindre le seuil de diabète. Il s’agit d’une forme de “prédiabète”. Cette forme peut être traitée par des mesures hygiéno-diététiques et l’activité sportive. Le Diabétologue peut être amené à mettre un traitement toutefois selon son appréciation, comme c’est le cas chez la femme enceinte.

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    1. Chère Doris, régime (dans le sens commun associé à “des interdis, repas autre, à part, different”) ne s’applique pas aux diabétiques. IL PEUT MANGER DE TOUT COMME UN NON DIABETIQUE. Régime au sens ” thérapeutique” signifie adapter “en qualité et quantité” la capacité des aliments à faire monter la glycémie, à l’alimentation du sujet diabétique car le diabétique a besoin d’un traitement médical capable de faire éviter que sa glycémie monte exagérément. La posologie de ce médicament est adapté selon le pouvoir “hyperglycémique” du repas, ou inversement. De façon schématique, un repas qui fait monter la glycémie comme de petites vagues sera différent du repas qui crée le grand TSUNAMI☺

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    1. Cher Alain, la réponse à ta question nécessite une approche plus élaborée. Nous travaillons à sortir prochainement un article sur la capacité des aliments et mets à faire monter la glycémie (index glycemique), pas que pour mets africains, mais des autres continents. Alors, un peu de patience😊

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    2. Cher Alain,
      Je pourrais à coup sûr vous rassurer que le couscous de maïs (qui est le mets le plus consommé en regardant les classes sociales en Afrique – et qui finalement touchera un grand nombre de diabétiques) a un index glycémique bas, quelque soit la sauce avec laquelle il est accompagné! Mais comme docteur Chocolat le dit c’est réellement un sujet qui nécessite toute une rubrique du fait de son importance et du contenu d’informations que celà renferme! 😉

      1. Merci à toi Vicky pour ces précisions.
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  5. Bonjour Dr Chocolat,

    Article très instructif, principalement sur la distinction entre les deux types de diabète, et les chiffres de la glycémie.

    Merci pour tes lumières.

    1. Chère Lili, merci d’aimer la qualité de nos articles.

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